Ton visage est miséricorde

Ton visage est miséricorde
2 décembre 2015 pastosante

Divers aspects de la miséricorde

Si la miséricorde est l’amour en action, on peut dire que tous les actes de Dieu sont miséricorde  (la création, la révélation, la Loi, les prophètes, les signes)…

  • La Gratuité : « Car tu es un peuple consacré au Seigneur ton Dieu : c’est toi qu’il a choisi pour être son peuple, son domaine particulier parmi tous les peuples de la terre. Si le Seigneur s’est attaché à vous, s’il vous a choisis, ce n’est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples, car vous êtes le plus petit de tous. C’est par amour pour vous, et pour tenir le serment fait à vos pères, que le Seigneur vous a fait sortir par la force de sa main, et vous a rachetés de la maison d’esclavage et de la main de Pharaon, roi d’Égypte » (Dt 7,6-8).
  • L’attention ; Dieu n’est pas indifférent, en particulier au plus petit :
    • « j’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple… j’ai entendu son cri… je suis descendu pour le délivrer » (Ex 3,7-8).
    • « Une femme peut-elle oublier son nourrisson, ne plus avoir de tendresse pour le fils de ses entrailles ? Même si elle l’oubliait, moi, je ne t’oublierai pas. Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains, j’ai toujours tes remparts devant les yeux » (Is 49,15).
    • « Dieu n’est pas indifférent à nous. Il porte chacun de nous dans son cœur, il nous connaît par notre nom, il prend soin de nous et il nous cherche quand nous l’abandonnons. Chacun de nous l’intéresse ; son amour l’empêche d’être indifférent à ce qui nous arrive » (Pape François).
  • Le bouleversement ou la compassion : le mot hébreu évoque les entrailles maternelles : Rahamim. Ou le cœur d’un père pour son enfant :
    • « Vais-je t’abandonner, Éphraïm, et te livrer, Israël ?… Non ! Mon cœur se retourne contre moi ; en même temps, mes entrailles frémissent » (Os 11,8).
  • L’action : Dieu se penche vers sa créature, il se fait proche, il prend soin de son peuple, il le sert :
    • « Mais le lot du Seigneur, ce fut son peuple, Jacob, sa part d’héritage. Il le trouve au pays du désert, chaos de hurlements sauvages. Il l’entoure, il l’élève, il le garde comme la prunelle de son œil. Tel un aigle qui éveille sa nichée et plane au-dessus de ses petits, il déploie son envergure, il le prend, il le porte sur ses ailes. Le Seigneur seul l’a conduit : pas de dieu étranger auprès de lui » (Dt 32,9-12).
  • L’alliance : c’est le thème plus particulièrement de l’Alliance (avec la création, avec Noé, avec Abraham, avec Moïse) : Dieu fait alliance avec l’homme comme un partenaire, même si l’homme ne parvient pas à tenir son engagement. Dieu se lie avec sa créature par un amour particulier. Il a créé l’homme à son image en lui donnant la liberté et son amour.
  • La consolation : « Comme un enfant que sa mère console, ainsi je vous consolerai. ».  C’est quelque chose de la pastorale de la tendresse ou de la caresse dont parle le pape François.
    • « Réjouissez-vous avec Jérusalem ! Exultez en elle, vous tous qui l’aimez ! Avec elle, soyez pleins d’allégresse, vous tous qui la pleuriez ! Alors, vous serez nourris de son lait, rassasiés de ses consolations ; alors, vous goûterez avec délices à l’abondance de sa gloire. Car le Seigneur le déclare : « Voici que je dirige vers elle la paix comme un fleuve et, comme un torrent qui déborde, la gloire des nations. » Vous serez nourris, portés sur la hanche ; vous serez choyés sur ses genoux. Comme un enfant que sa mère console, ainsi, je vous consolerai. Oui, dans Jérusalem, vous serez consolés. Vous verrez, votre cœur sera dans l’allégresse ; et vos os revivront comme l’herbe reverdit » (Is 66,10-14)
  • La patience : la révélation centrale de la miséricorde est faite au Sinaï :
    • Sa miséricorde déborde sa justice (Ex 32 : le veau d’or). « LE SEIGNEUR, LE SEIGNEUR, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu’à la millième génération, supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit la faute des pères sur les fils et les petits-fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération. » Ex 34,6-7
    • Toute l’histoire du peuple du péché est une succession de révoltes de l’homme et d’actes de miséricorde de Dieu. Les conséquences du péché, que les auteurs bibliques appellent des châtiments, éloignent l’homme de Dieu, le rendent pauvre et misérable ; au lieu d’enfoncer l’homme, Dieu va lui faire miséricorde : « Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. » (Os 2,16).
    • « Dieu, qui donnes la preuve suprême de ta puissance, lorsque tu patientes et prends pitié, sans te lasser, accorde-nous ta grâce… » (oraison du 26ème dimanche du TO)
  • Le pardon : « Que Dieu tout-puissant nous fasse miséricorde, qu’il nous pardonne nos péchés et nous conduise à la vie éternelle »
    • « Venez, et discutons – dit le Seigneur. Si vos péchés sont comme l’écarlate, ils deviendront aussi blancs que neige. S’ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine » (Is 1,18).
    • Derniers versets du prophète Michée : « Qui est Dieu comme toi, pour enlever le crime, pour passer sur la révolte comme tu le fais à l’égard du reste, ton héritage : un Dieu qui ne s’obstine pas pour toujours dans sa colère mais se plaît à manifester sa faveur ? De nouveau, tu nous montreras ta miséricorde, tu fouleras aux pieds nos crimes, tu jetteras au fond de la mer tous nos péchés ! » (7,18-19)
    • Dans les psaumes, l’homme pécheur crie vers le Dieu des miséricordes : « Pitié pour moi, mon Dieu dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché » (Ps 50,1)
  • La confiance : Dieu nous donne d’agir comme lui. Il commande à son peuple d’être miséricordieux. Il nous envoie, il nous confie le monde, il nous confie les uns aux autres.
    • Penser à l’appel dans la Bible : Moïse et Jérémie (« Envoie qui tu voudras. » ; « Je ne suis qu’un enfant. » ; « Je mets mes paroles dans ta bouche. »).  David, le plus jeune de ses frères, pris dans le parc à mouton. Amos, qui n’était « ni prophète, ni fils de prophète, qui était bouvier et pinceur de sycomore » (Am 7,14).
    • « Comment cela va-t-il se faire ? » : On comprend l’effroi de Marie…
  • L’ouverture à tous : universalisme du salut. Jonas apprend à ses dépend que Dieu veut faire miséricorde à tous les hommes.

Les 10 visages de la Miséricorde en Jésus

(plusieurs exemples § 8-9 de la Bulle)

  • Gratuité : « Mais Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. Avec lui, il nous a ressuscités et il nous a fait siéger aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu ainsi montrer, au long des âges futurs, la richesse surabondante de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil » (Ep 2,4-9).
  • Attention : Le Bon Samaritain qui seul voit l’homme blessé. Jésus aperçoit Zachée dans son arbre, Nathanaël sous le figuier, Pierre qui vient de le trahir. Jésus voit. « Il posa son regard sur lui et l’aima » (l’homme riche de Mc 10).
  • Consolation : « Laissez venir à moi les petits enfants. » « Pleurez plutôt sur vous et vos enfants » (pendant la passion). Lorsqu’on célèbre le sacrement des malades, « c’est Jésus Lui-même qui nous prend par la main, qui nous caresse comme Il le faisait avec les malades. » (pape François)
    • « En la voyant, le Seigneur fut saisi de pitié pour elle, et lui dit : « Ne pleure pas. » Il s’avança et toucha la civière ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. » Alors le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère » (Lc 7).
    • « Les gens ont aujourd’hui besoin, certainement, de paroles, mais ils ont surtout besoin que nous témoignions de la miséricorde, de la tendresse du Seigneur qui réchauffe le cœur, qui réveille l’espérance, qui attire vers le bien. La joie d’apporter la consolation de Dieu » (François aux séminaristes, juillet 2013).
    • « La charité est la caresse de l’Église à son peuple » (mars 2014).
    • « La miséricorde est le pilier qui soutient la vie de l’Eglise. Dans son action pastorale, tout devrait être enveloppé de la tendresse par laquelle on s’adresse aux croyants. Dans son annonce et le témoignage qu’elle donne face au monde, rien ne peut être privé de miséricorde » (Bulle §10)
  • Pardon : « Je te pardonne tous tes péchés, va en paix » ; « paix à vous » (Jn 20) ; « le Fils de l’homme est venu appeler non pas les justes mais les pécheurs au pardon ».
  • Alliance : « Il lui fallait donc se rendre en tout semblable à ses frères, pour devenir un grand prêtre miséricordieux et digne de foi pour les relations avec Dieu, afin d’enlever les péchés du peuple » (Hb 2,17). « Vous êtes venus vers Jésus, le médiateur d’une alliance nouvelle, et vers le sang de l’aspersion, son sang qui parle plus fort que celui d’Abel » (Hb 12,24). « Le sang de l’Alliance nouvelle » (Lc 22).
  • Patience : la patience du Père qui attend le retour de son Fils (Lc 15). La patience de Jésus avec ses disciples qui ne comprennent rien…
  • Ouverture universelle : il appelle des exclus, des étrangers, des petits… le salut est pour tous. « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes » (Jn 12,32)

Exemple dans un même passage (Mt 9,34-38)

  • Action (serviteur) : « Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant l’Évangile du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité ».
  • Bouleversement : « Voyant les foules, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger ».
  • Confiance : « Il dit alors à ses disciples : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »
  • Confiance : il appelle des pécheurs à le suivre ; Il pardonne et il invite au pardon. « Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous persécutent ». Il invite au service et à l’amour. « Soyez miséricordieux, comme votre père est miséricordieux » (Lc 6)Benoit Moradei.

Père Benoît Moradeï
Extrait de l’intervention pour la journée de rentrée
du samedi 10 octobre 2015,
En prévision de l’année jubilaire.