Les guérisons de Jésus

La méditation des Évangiles nous montre la profonde compassion du Christ pour les personnes fragiles qu’il rencontrait, et donc pour nous. Elle nous donne aussi un grand espoir, surtout lorsque l’on considère le nombre de miracles de guérison et d’exorcismes que relatent les Écritures.

Les guérisons de Jésus

La méditation des Évangiles nous montre la profonde compassion du Christ pour les personnes fragiles qu’il rencontrait, et donc pour nous. Elle nous donne aussi un grand espoir, surtout lorsque l’on considère le nombre de miracles de guérison et d’exorcismes que relatent les Écritures. Si Jésus guérit et libère, c’est bien pour nous révéler de quel amour le Père nous aime et pour nous montrer que la Bonne Nouvelle concerne la personne dans toutes ses dimensions. C’est aussi pour nous inviter à la conversion du cœur et à l’accueil du Royaume qu’il inaugure, un règne d’amour et de justice. Pourtant, Jésus n’a pas guéri tout le monde physiquement, il n’a pas résolu tous les problèmes de ceux qui se sont tournés vers Lui, mais il les a toujours accueillis avec bienveillance. Lui-même a connu la souffrance physique, l’angoisse, la tristesse. Il est passé par une mort atroce qu’il n’a pas cherché à éviter à tout prix. Alors, que retenir de ses pratiques de guérison et de son enseignement pour y puiser espérance et consolation ?

Des guérisons qui n’ont rien de magique

Fils d’Israël, Jésus a voulu respecter les critères qui vérifiaient l’authenticité des miracles à son époque. Mais il a aussi invité son peuple à élargir sa vision du salut en le libérant de l’opposition entre pur et impur et en rappelant que le sabbat est fait pour l’homme, avec une prédilection pour les exclus. Le salut qu’il apportait débordait largement les pratiques thérapeutiques de son temps : il s’agissait de la libération de l’être humain dans toutes ses dimensions. Peu l’ont compris et accueilli.

Les miracles qui constituent une référence privilégiée dans le Premier Testament sont ceux de l’Exode. Ils répondent à plusieurs critères. Pour satisfaire au premier d’entre eux, le miracle doit être dans la ligne de la Torah, correspondre à des événements qui ont été vécus par le peuple juif. Jésus en a tenu compte. À propos de la manne, on constate que la multiplication des pains y renvoie. La tempête apaisée ou bien la scène où il marche sur les eaux évoquent le passage de la mer Rouge ou la traversée du Jourdain. Une autre règle de la Torah précise qu’on ne peut jamais s’exposer soi-même dans le but de recevoir un signe de Dieu. Lors des tentations de Jésus au désert, Satan lui dit : « Jette-toi de là-haut », mais celui-ci lui rappelle qu’un croyant ne tente pas Dieu. Ceci est valable pour nous. Il ne s’agit pas de dire à Dieu : « Je vais faire quelque chose de déraisonnable, mais toi tu t’occupes de faire en sorte que je m’en sorte, et ce sera la preuve que tu existes. » Nous ne devons pas mettre Dieu au défi d’intervenir lorsque nous nous exposons inconsidérément. C’est une parole à entendre pour nos demandes adressées à Dieu. Mais parfois, nous voudrions bien le forcer à agir comme nous le voulons…

Ensuite, les signes ne doivent jamais forcer l’adhésion, ce qui implique le refus de la magie, de l’excès de merveilleux… C’est pourquoi Jésus a toujours refusé de poser des gestes extraordinaires. Quand Hérode l’a provoqué à faire un miracle (Luc 23, 8-12), il n’a pas bougé. Un autre élément important est la gratuité. Il n’y a vraiment de signe de Dieu que lorsque celui qui pose un acte ne retire pas d’avantage personnel en gloire, en argent, en privilège… Chaque fois que l’on a voulu faire de Jésus un roi, il a réagi. Par exemple, après la multiplication des pains, il s’est rendu compte de la fragilité de ses apôtres et il les a obligés à monter dans la barque et à traverser le lac (Jean 6, 15). Il est parti seul. Dans la montagne avec son Père, parce que lui aussi avait connu des tentations à certains moments et il puisait dans cette relation irremplaçable. Que ceux qui exercent des charismes aient la même humilité.

Bref, il fallait que les paroles et les gestes ne contredisent lamais l’enseignement de la Torah. Des chercheurs juifs contemporains, qui étudient le personnage historique de Jésus, soulignent que celui-ci était respectueux des règles du judaïsme. Tout en étant hors norme et en se posant en réformateur par certains aspects, il restait encore dans la norme, il n’a pas aboli la Loi. Toutefois, pour lui, le Royaume n’était pas de ce monde, d’où la tension entre le « déjà là » et le « pas encore ». Il inaugurait le Royaume en sa personne sans viser une royauté terrestre.

Une libération plus large que la guérison

Dans un passage de saint Luc, on peut percevoir la tension entre les responsables officiels et le message de salut que Jésus voulait apporter. En Luc 13, 10-17, Jésus guérit une femme courbée un jour de sabbat, dans une synagogue. Un quiproquo important se dresse entre l’interprétation des responsables de la synagogue et le geste de Jésus qui apporte une libération dont l’impact va au-delà de la guérison. En effet, ce texte montre comment Jésus se démarque de la pratique des guérisseurs de son temps et comment il relie ses miracles au Royaume. Au début de la péricope, il est dit que Jésus enseignait dans une synagogue. Il est en situation de rabbi, ce qui annonce que l’enseignement qui va suivre aura un poids particulier. En effet, la synagogue est le lieu où se donne l’enseignement de la loi juive, lieu de prière et de référence pour le culte. Jésus ne va pas prêcher par un discours mais par un geste de compassion. Ce geste sera ensuite complété par deux paraboles : celle du grain de sénevé et celle du levain dans la pâte. Or, il pose cet acte un jour de sabbat.

Jésus y rencontre une femme marquée par le temps : cela fait dix-huit ans qu’elle est courbée. Elle est accablée par un manque, elle souffre, elle est infirme, le mot utilisé est asthenia, il désigne une fragilité. Il existe un autre mot, nosos, pour nommer la maladie. Elle est donc fragile et cette fragilité s’exprime par le fait qu’elle est courbée. Elle est dans une attitude de repli, elle ne s’exprime pas, ne demande rien. Elle est le symbole de la personne fermée sur elle-même, incapable d’exprimer sa fragilité, à moitié morte, à moitié vivante.

Dans la première séquence, Jésus s’adresse directement à cette femme. On trouve quatre verbes qui expriment une progression : Jésus la voit, l’interpelle, lui dit : « Femme, te voilà délivrée de ton infirmité », puis il lui impose les mains. Jésus approche cette femme jusque dans son corps, alors qu’elle ne lui a rien demandé. Il y a comme une lenteur : il la touche, sans lui donner aucun ordre. Une rupture se produit alors dans sa vie, comme une pâque. À l’instant même, elle se redresse et se met à glorifier Dieu. C’est radical. Dans la parole qui est employée, Jésus prononce le verbe grec luein, délier : « Te voilà déliée. » C’est là-dessus que Jésus va insister ensuite dans son dialogue avec les gens de la synagogue. L’expression est employée ici au parfait, il s’agit donc d’une action qui est accomplie : « Tu es déliée. » Et on en voit immédiatement la manifestation. À ce moment-là, Jésus ne parle pas de l’esprit mauvais. La femme se redresse et glorifie Dieu, elle retrouve de la force, elle est capable de tenir debout et de parler. Voilà ce que fait Jésus : il remet debout, il rend la force, il rend capable de louer. Bien souvent la louange est le signe que l’on est sur un chemin de guérison ou, peut-être, que l’on est déjà restauré. Le Renouveau charismatique insiste beaucoup sur ce point.

La deuxième séquence rapporte la réaction du chef de la synagogue. Il déclare à la foule, sans s’adresser directement à Jésus : « Il y a six jours pour guérir et il ne faut pas vous faire guérir le jour du sabbat. » Il est indigné et il qualifie le geste de Jésus de « guérison ». Or Jésus a utilisé le mot luein, délier. Lui, il emploie le verbe therapeuein, c’est-à-dire guérir. Ce mot désigne le travail du guérisseur. Le chef signifie que guérir, c’est réaliser un travail, or, comme c’est le jour du sabbat, par cet acte, Jésus a transgressé la Loi.

Jésus veut démontrer cette mauvaise foi. La troisième séquence expose sa réponse. Il est dit qu’il parle maintenant en tant que Seigneur : « Le Seigneur lui répondit » — on perçoit la force de ce titre. Ce que Jésus reproche, c’est le manque de jugement, de discernement des responsables. Ces derniers sont souvent qualifiés par les traducteurs d’« hypocrites ou hommes pervertis » mais ce verbe, employé dans son sens étymologique, signifie bien : « celui qui manque de discernement », qui vient du verbe krinein, juger, et hypo, « être en dessous ». Celui qui n’est pas capable de faire le bon discernement… Cette première réaction contraste avec la louange proclamée par la femme et reprise par la foule. Jésus renvoie alors à l’usage quotidien et les mots lier et délier reviennent plusieurs fois. Il dit par exemple : « Chacun délie son animal le jour du sabbat. » La vie continue ! Il est donc normal qu’un certain nombre de gestes en rapport avec la vie soient posés, comme délier son animal pour le faire boire.

Ensuite, Jésus parle de la femme courbée comme d’une « fille d’Abraham », celle qui est destinataire de la promesse. On pourrait entretenir la vie de l’âne mais, lorsqu’une fille de la promesse est liée, il ne faudrait pas lui apporter la vie ! Elle était liée par l’adversaire — Jésus dit que c’est Satan qui l’a liée — et il faudrait encore attendre ! Ces mots résonnent comme les mots d’un accouchement puisqu’on trouve trois fois le mot lien dans ce texte. Ils caractérisent d’une part l’acte de déliement de l’âne et, ici, les liens de la femme et la libération qui lui est donnée. Le verbe délier est encore employé par rapport à l’action de Satan et le substantif lien est utilisé à propos de la corde qui tient l’animal. En outre, cet acte de déliement est réalisé le jour du sabbat, précisément pour montrer que ce n’est pas un jour quelconque, mais que c’est le jour du don de la Vie. Du coup, ce qui semblerait être de l’ordre d’un travail thérapeutique, signifie ce pourquoi Jésus est venu, c’est-à-dire pour apporter une plénitude de vie qui vient de Dieu. La preuve, c’est qu’elle est donnée le jour même qui est consacré à Dieu.

Jésus ose une rupture dans la pratique habituelle de la guérison pour manifester que ce qu’il apporte va bien au-delà de ce que ferait un guérisseur traditionnel. Ce dernier, s’il est un Juif pieux, ne pratiquerait pas en effet le jour du sabbat. Or, le sabbat a été institué pour que « tu te souviennes que tu as été esclave au pays d’Égypte, et que le Seigneur Dieu t’en a fait sortir » (Deutéronome 5, 15). Célébrer le sabbat, c’est faire mémoire de la libération des fils d’Israël de tout esclavage. C’est bien ce salut que Jésus apporta ce jour-là à cette femme… Le temps de sa présence est un temps fondateur, comme le fut celui de l’Exode pour le peuple d’Israël.

Dans la scène finale, on rencontre deux groupes : les adversaires, choqués, et la foule, ivre de joie. « Comme il disait cela, tous ses adversaires étaient remplis de confusion (au sens étymologique de : « ils ont perdu la face »), tandis que la foule était dans la joie de toutes les choses magnifiques qui arrivaient par lui. » Nous retrouvons ici le terme mirari, qui signifie « l’émerveillement devant le signe clair que le Seigneur est présent à son peuple ».

Les deux petits textes qui suivent sont des paraboles qui donnent la portée du miracle. Jésus dit immédiatement après : « À quoi allons-nous comparer le Royaume ? » On peut évoquer le grain de sénevé, tout petit mais qui deviendra un grand arbre, et le levain qui fait lever la pâte dans le secret. Jésus vient donc révéler ce qui est caché, vient délier ce qui est lié. Il poursuit ostensiblement l’œuvre de libération de Dieu commencée pour son peuple en Égypte. Ces paraboles montrent aussi que cette guérison peu importante – de la même façon que le grain de sénevé ou le levain sont insignifiants en eux-mêmes – est le signe d’un déploiement en devenir. Jésus donne ainsi un enseignement sur le rôle qu’il remplit depuis qu’il a été envoyé dans le monde par son Père. De même, il redonne son sens au sabbat, dont la signification doit être pleinement donnée : il s’agit de faire mémoire de la libération de l’esclavage pour tous les fils d’Israël. Ce n’est donc pas seulement un acte de compassion que Jésus a posé là, envers la femme courbée, c’est l’annonce qu’un temps nouveau est inauguré en sa personne, la venue du Règne, un Règne qui n’aura pas de fin.

Le Christ nous rejoint là où nous sommes

Une autre guérison montre particulièrement bien comment Jésus accueille les malades avec leur demande, telle qu’elle est exprimée. Il s’agit de la guérison de la femme qui souffre d’hémorragie (Marc 5, 24-34).

L’épisode commence par une quête de recouvrement magique de la santé, et se termine par le don d’un salut, une proposition de relation personnelle avec Dieu. Que s’est-il passé ce jour-là ? D’après les préceptes du Lévitique (15, 25), tout écoulement de sang par les organes est une situation d’impureté. Exclue socialement et moralement, la femme atteinte d’hémorragie ne peut donc ni sortir de chez elle, ni toucher Jésus. C’est pourquoi il ne lui reste qu’une solution : rejoindre celui-ci secrètement et bénéficier de son pouvoir, à la faveur de la foule. Avant cet épisode, il est dit en effet que Jésus a guéri beaucoup de malades, au point que tous ceux qui étaient frappés d’un mal quelconque se jetaient sur lui (Marc, 3, 10). La femme qui souffre d’hémorragie s’approche elle aussi, anonyme parmi les anonymes. Elle est certes en rupture avec les autres malades, qui implorent le pouvoir du Christ, mais elle croit en une force qui émanerait de lui. Et en effet, le miracle a lieu par le simple toucher des vêtements du Christ ; ce miracle est renforcé par la mention préalable de l’échec des médecins, qui ont pris à cette femme tout ce qu’elle possédait, sans cependant l’avoir soulagée de son mal.

Jésus, quant à lui, la guérit de façon tout à fait consciente. Marc utilise le langage de la croyance populaire quand il fait dire à Jésus qu’il a senti une force sortir de lui. On pourrait penser au langage du New Age ! Jésus a-t-il vraiment « senti » une force surgir de lui ? Tout laisse à penser qu’il savait, qu’il avait perçu l’attente de cette femme, et qu’il l’a guérie volontairement. Il aurait pu dire : « Écoute, ne me touche pas comme cela en cachette ! demande-moi ce que tu veux », mais il l’a d’abord guérie, puis il s’est tourné vers elle ; il a « joué le jeu ».

Jésus arrête sa marche au risque de la mettre en danger, à cause de sa situation d’impureté, ou de l’humilier publiquement… Il tient cependant à lui donner la signification profonde de ce qui était une guérison volée » et anonyme. Il veut lui signifier : « Ne crois pas que je sois simplement un magicien qui a un plus grand pouvoir que les autres. » Même si, au départ, il est entré dans une logique de guérison, il répond avec une proposition de salut. Il est allé au-delà des règles sur l’impureté, puisqu’il n’a pas hésité à se laisser toucher par elle. Plusieurs fois, Jésus a rompu avec les interdits d’impureté, que ce soit par rapport aux aliments, aux lépreux, aux femmes… Il est sorti de cette logique pour appeler à une sainteté qui prend son origine dans le cœur profond et non dans des interdits extérieurs.

Il lui dit : « Ma fille ». Ce n’est pas une parole de supériorité, mais quelque chose de l’ordre d’un ré-engendrement qui se produit là. Elle aussi est fille d’Israël. Il montre qu’il connaît son problème, qu’il a agi intentionnellement. Quand il lui dit : « Ta foi t’a sauvée », c’est une façon de lui dire : « L’important pour toi, c’est moins que ton corps ait été guéri, que le fait que tu m’aies rencontré. » Nous voyons que le cœur de ce que propose Jésus, c’est une relation qui rend à l’autre toute son identité, sa dignité. À elle, femme recluse, impure, donc jugée pécheresse, marginalisée dans la société, il rend sa dignité de femme, de personne, et la réinsère socialement. De plus, elle a l’occasion de découvrir qui est Jésus comme sauveur. Nous pouvons espérer qu’elle aura reçu la possibilité de reconnaître le Père comme son Père et qu’elle aura découvert la foi.

Jésus a donc accepté l’ambiguïté de cette demande de guérison qui s’adressait plutôt à des pouvoirs, pour ensuite appeler cette femme à un déplacement vers la vraie source — son amour à lui et son désir de la sauver —, en lui donnant le sens de ce qu’elle venait de vivre. On le voit, il suffit d’un balbutiement de confiance pour que le Seigneur agisse. Il a voulu dire à cette femme qu’il pouvait lui apporter infiniment plus qu’une amélioration de son état physique, de son état moral, de son exclusion, et que ce qu’il lui rendait, c’était sa dignité d’enfant de Dieu, de bien-aimée de Dieu.

C’est important pour nous, parce que cette guérison nous montre qu’au cœur de la dignité d’enfant de Dieu, il y a aussi des fragilités. Et le fait que le Seigneur les reconnaisse peut apporter une libération. On ne peut pas continuer à penser : « Il faut porter sa croix », et, à l’extrême : « Plus tu souffriras aujourd’hui, mieux tu seras récompensé demain. » Ce qui ne signifie pas qu’il faille fuir la croix. Mais cette guérison témoigne d’attitudes de Jésus que l’on a parfois oubliées. En effet, même dans la pratique de l’onction des malades, pendant longtemps, il n’a plus été fait allusion au pouvoir de guérison de ce sacrement ! Alors, on a beaucoup encouragé les gens à se confesser, à supporter leur croix.

Ce travail de ré-engendrement à travers une relation, Jésus le poursuit aujourd’hui grâce à d’autres démarches, à l’engagement de ceux et celles qui accompagnent et soutiennent des personnes fragiles au nom de la miséricorde de Dieu. Ces démarches d’accueil touchent aussi bien le corps que la rupture de relation avec les autres ou avec Dieu. La plénitude de ce salut, les apôtres ne la comprendront qu’après la résurrection, mais déjà, il y a une anticipation de la Passion dans l’expérience de la compassion.

Ce que nous pouvons retenir d’essentiel de cet événement, c’est que Jésus part toujours de là où nous en sommes. Son amour est inconditionnel, il est présent même au milieu de nos balbutiements, de l’ambiguïté de nos attentes. On le constate aussi dans le « retour de l’enfant prodigue » évoqué dans la parabole du Père miséricordieux (Luc 15, 11-32). On ne peut pas dire que les motivations du départ du jeune fils étaient parfaitement pures, au moment où il décide de revenir à son père. Quand les gens s’adressent à nous pour être aidés, il est important, quand c’est possible, de leur faire découvrir que notre rôle n’est pas uniquement de les soulager psychologiquement par une écoute et un accueil bienveillants et attentifs. Nous pouvons les amener à percevoir qu’ils sont invités à adhérer à une autre réalité. Les aider à comprendre que Dieu n’est pas celui qui punit ou qui envoie la maladie. Nous l’avons vu, souvent, la première guérison est celle du rapport à Dieu : qu’ils arrêtent de se culpabiliser et de L’accuser et qu’ils comprennent que leur épreuve ne leur est pas envoyée par Lui ! On ne cessera de le redire.

La première étape de la guérison peut être aussi une étape vers le salut. Jésus part de l’ambiguïté, de la fragilité, de là où en est la personne, sans poser de conditions préalables, et en même temps il accueille le moindre balbutiement de confiance. Jésus ne force pas notre liberté, mais dès que nous entrouvrons la porte, la grâce s’y précipite. C’est ce que le Seigneur nous apporte : la dimension « holistique » se révèle dans le salut donné par Jésus : la personne est concernée dans toutes ses dimensions. Il y a aussi une annonce de la résurrection. C’est pour cela que la compassion annonce la passion-résurrection. Si Jésus a voulu aller aussi loin dans sa compassion, c’est qu’il annonçait déjà qu’il allait vaincre le mal. Cette annonce du salut atteindra son sommet au moment de sa mort-résurrection.

Bref, en revenant aux pratiques de guérison de Jésus et en les replaçant dans leur contexte, nous comprenons peut-être mieux de quelle façon il nous rejoint dans notre accompagnement des gens fragiles et dans notre propre relation à Lui. Il nous demande de nous laisser toucher, rejoindre, aimer par lui. Ces récits nous rappellent aussi que le salut ne s’identifie pas forcément à une guérison physique. Que ce soit dans la joie des témoins à la synagogue, dans l’enseignement donné aux responsables afin de les inviter au discernement, dans le déplacement de la demande magique qu’il réalise avec la femme souffrant d’hémorragie, il montre que la libération et le salut qu’il inaugure est une révélation de la tendresse inconditionnelle de Dieu pour chaque être humain. Accueillir cette Bonne Nouvelle, c’est déjà être sauvé, quand bien même nous ne sommes pas guéris physiquement ou psychiquement.

Vient alors la question que beaucoup de croyants se posent aujourd’hui : ces guérisons n’avaient-elles lieu qu’à l’époque où Jésus était présent parmi nous ? Ou seulement aux débuts de l’Église ? Dieu guérit-il encore aujourd’hui ? Si oui, de quelle façon ? Et de quoi ? Comment l’accueillir ?

De Bernard Ugeux, extrait de « traverser nos fragilités », pages 87 et suivantes

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