Éloge de la vulnérabilité

Oser être vulnérable, c’est oser s’exposer. C’est prendre le risque d’être atteint, blessé, déstabilisé même par la souffrance, la fragilité de l’autre, qui renvoient à ma propre fragilité… Quand on ose être et se montrer vulnérable, les autres osent exposer leur fragilité, sollicitent la compassion.

Certains, peut-être à cause de blessures qui sont en eux, profitent de la vulnérabilité qui s’offre pour faire mal, régler des comptes. Parfois de façon plus ou moins perverse ou peut-être désespérée, ils cherchent à vérifier jusqu’où la vulnérabilité consent à n’être que compassion écoute, accueil.

Éloge de la vulnérabilité

Oser être vulnérable, c’est oser s’exposer. C’est prendre le risque d’être atteint, blessé, déstabilisé même par la souffrance, la fragilité de l’autre, qui renvoient à ma propre fragilité… Quand on ose être et se montrer vulnérable, les autres osent exposer leur fragilité, sollicitent la compassion.

Certains, peut-être à cause de blessures qui sont en eux, profitent de la vulnérabilité qui s’offre pour faire mal, régler des comptes. Parfois de façon plus ou moins perverse ou peut-être désespérée, ils cherchent à vérifier jusqu’où la vulnérabilité consent à n’être que compassion écoute, accueil.

Pour oser être vulnérable il faut être fort !

Pour oser être vulnérable, il faut aussi avoir été soi-même blessé sans avoir été détruit, avoir été atteint au défaut de la cuirasse déchiré sans que la béance se soit définitivement refermée, durcie. Pour pouvoir être vulnérable, il faut être fort, c’est-à-dire construit intérieurement. Et cette construction intérieure ne peut se faire qu’à travers le chemin du pardon, et grâce aussi à l’apprentissage du consentement à se laisser aimer. Heureux suis-je si ne comptant plus sur moi-même, conscient de mon incapacité d’aimer quand je suis blessé, heureux suis-je si confronté à mes résistances intérieures par rapport au pardon ou tenté de me replier sur mes blessures et mes limites… Oui, heureux suis-je si acceptant de me laisser aimer, je me laisse guérir grâce à la proximité des autres, d’un Autre, qui m’aime et m’accueille comme je suis avec mes fragilités, sans jugement.

Consentir à sa pauvreté

Cette construction intérieure m’ouvre à une acceptation de moi-même, à un consentement à ma fragilité, à une démaîtrise par rapport à la tentation de « l’héroïsme » ou d’un durcissement, illusoirement protecteur. Ayant traversé – transhumance jamais achevée – les déserts de ma pauvreté et de ma résistance à l’abandon, je découvre en moi de nouvelles ressources d’amour insoupçonnées, suscitées par l’amour des autres. Alors, du cœur de ma fragilité reconnue et acceptée, sourd une force, une capacité d’accueillir la fragilité, la misère même des autres avec tendresse, en me laissant toucher mais sans me laisser envahir ou détruire. Fort d’une puissance d’amour et de compassion qui ne vient pas de moi, je peux écouter et accueillir sans me durcir pour me protéger, ni parasiter constamment l’accueil de la souffrance offerte par mes propres amertumes et mes échecs. Ayant trouvé la juste distance, je suis à la fois assez fragile et assez fort pour être et me montrer vulnérable… Mais tout cela ne se fait pas sans prix ! C’est le prix d’un amour qui se garde de tout retour sur lui-même. Le prix d’un amour qui se donne comme le feu qui jamais ne dit « assez ! ». Le prix d’un amour ne pouvant que très vite s’épuiser s’il ne puise lui-même à la source de tout amour : le cœur du Seul qui sache vraiment aimer en totale gratuité.

Le Dieu Trinité, ce grand vulnérable…

Il s’agit non seulement du cœur transpercé du Christ de qui est née l’Église, mais aussi du Père de qui vient toute paternité – et donc toute fécondité – et de l’Esprit qui seul peut nous renouveler par la puissance de ses dons multiples alors que nous expérimentons notre impuissance à aimer jusqu’au bout.

Notre Dieu, Père, Fils et Esprit, en communion parfaite et relation infiniment respectueuse de l’altérité, est le grand vulnérable et la source de toute vulnérabilité gratuite. C’est pourquoi Jésus peut nous dire : « Comme le Père m’a aimé et envoyé, moi aussi je vous aime et vous envoie, recevez mon Esprit d’amour et devenez vulnérables à la clameur de mon peuple ». Suivre le Christ vulnérable en se rendant vulnérable, c’est un des sens les plus profonds et les plus mystérieux de l’appel :  » Prends ta croix et suis-moi ». Cela ne signifie pas « Je t’envoie des croix et si tu les acceptes, tu seras digne de me suivre… » Le Christ, pas plus que son Père, n’envoie de croix ; mais poser mes pas dans ceux du crucifié, aimer comme il a m’a aimé, c’est nécessairement expérimenter la joie de la fécondité et les souffrances de la vulnérabilité.

« Fais-toi capacité, je me ferai torrent » Catherine de Sienne

Aimer jusqu’à oser être vulnérable, c’est aimer comme II nous a aimés, en se laissant toucher, en se laissant aimer, en se laissant blesser… La seule façon de ne pas en faire un masochisme ou de ne pas surestimer notre force, car elle ne vient pas de nous, c’est de puiser au quotidien dans son cœur à Lui la force et l’audace d’être vulnérable, même quand le Malin tâche d’en profiter. Nous abreuver à la source du cœur vulnérable se réalise dans la contemplation quotidienne de sa façon d’aimer, dans l’attention à sa présence qui s’offre gratuitement dans l’instant, en étant  » avec lui » dans le présent qui est le présent, le don de sa présence. Nous abreuver à la source du cœur vulnérable c’est aussi puiser dans l’eucharistie qui nous rappelle qu’il nous aima Jusqu’au bout et que par le don de son corps et de son sang, il nous rend capables de « faire cela en mémoire de lui », c’est-à-dire de nous laver les pieds les uns aux autres. N’est-ce pas ce que Paul voulait peut-être exprimer en écrivant : « C’est quand Je suis faible que je suis fort » ? Me recevoir d’un autre et « me faire capacité », c’est Lui permettre d’être torrent à travers moi… Pour que chante l’espérance d’une vie nouvelle.

Une fraternité a utilisé les support suivants pour une rencontre autour de ce texte : évangile selon Saint Luc, chapitre 1, versets 39 à 56

  • Comment ce texte résonne dans ma relation d’aide ?
  • Comment j’accueille ma propre vulnérabilité ?
  • Comment je vis la vulnérabilité de l’autre ?
  • Quand je contemple la vulnérabilité de Dieu, comment cela m’aide à vivre ma propre vulnérabilité (dans l’adoration, le pardon, l’eucharistie) ?

Bernard Ugeux, Professeur de théologie Toulouse

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