Professions de Santé, Société et Foi

*Si soigner est plus qu’un métier, qu’une profession,
*Si soigner est plus qu’une « affaire lucrative » et que nul, après avoir reçu ce qui lui fallait pour vivre selon son travail, ne veut s’enrichir sans mesure à partir de la misère des autres,
*Si soigner par la force de la modernité, a créé des institutions nombreuses et spécialisées,
*Si les découvertes scientifiques s’appliquent heureusement plus à faire vivre qu’à tuer,
*Si soigner soulève de plus en plus les questions concrètes de la vie sociales,
*Si soigner crée aux quotidiens des valeurs comme celles de la confiance, de l’accueil, du secret, de l’espoir promoteur de vie…
*Si soigner suscite au moins dans certains pays une mutualisation pécuniaire génératrice d’une « sécurité sociale ».
*Si soigner devient de plus en plus une affaire d’équipes et de réseaux sociaux qui réclament coordination non seulement entre professionnels mais avec les bénévoles, les associations, les familles,
*Si soigner dépasse les petits aspects politiciens ou électoraux, il faut se réjouir qu’une nation démocratique ait une « politique » de santé,
*Si soigner va plus loin que l’aspect curatif et déborde heureusement sur l’aspect préventif,
*Si soigner prolonge la relation duelle et que les « institutions de Santé publique » sont des signes que les démocraties se donnent pour alléger et aérer le poids des fatalités…

…Il faut alors admettre que soigner et apprendre à soigner sont pour les soignants vis-à-vis une sorte de parcours initiatique réel (même s’il est ou non consciemment vécu) immédiatement éthique et philosophique pour faire sienne les valeurs laïques sociétales de la relation et de l’entraide qui libèrent, relèvent, épanouissent, en se confrontant à la mortalité et en la faisant reculer, (ou en en diminuant l’effroi,) dans la vie de chaque personne

• gagner une rémunération suffisante et justifiée,
• travailler au moins trente cinq heures par semaine,
• recommencer chaque jour un travail relationnel épuisant parce qu’il ne peut pas être superficiel,
• rester disponibles et attentif sans s’user,
• demeurer bon de la bonté humaine qui accueille souffrance et révolte,
• se former sans cesse pour rester un veilleur efficace et compétent,
• favoriser en chaque individu et dans la société la reconquête de ce que la « faillibilité » a pu altérer…

…fait signe d’une façon particulière, engendre une sorte de « culture laïque » marquées par des valeurs capitales et essentielles, vitales, aux individus et à la société.

Il faut insister sur ce point particulier ; même si l’on sait que l’urgence, ou le stress sont au menu de la vie journalière des soignants.

• Le soin est toujours sur mesure et requiert toujours le soignant vis-à-vis d’une personne qui a une histoire, qu’il ne peut pas juger mais prendre en compte
• Le soin de toute sorte requiert toujours le soignant et l’ouvre obligatoirement aux dimensions de l’humanité et de la promotion collective
• Le soin de toute sorte même très bien fait génère toujours une insatisfaction voire un malaise « métaphysique »,
• Le soin invite, de fait, le soignant à une unité de vie…

Aujourd’hui il serait regrettable voire catastrophique que les chrétiens qui ont choisi d’exercer ces professions n’aient pas déterminé leur choix a partir des valeurs laïques qui les sous tendent et en font leur nécessité et leur grandeur

A travers cette laïcité culturelle les « chrétiens confessant » peuvent discerner le Mystère de l’Incarnation et l’amour de l’Humanité que Jésus a révélé dans le service du monde.
Ils ont à cœur de pousser au maximum les valeurs laïques, de les faire réussir et de les vivre le plus absolument possible dans l’élan de leur foi et de leur offrande.

Plongés chaque jour dans le service des autres, les chrétiens comme leur collègues (de toutes religions ou agnostiques) sont ni plus ni moins confrontés à l’imparfait et à la limite, mais eux s’ils le désirent, les vivent dans l’horizon de la mort et de la Résurrection du Christ : mystère que leur foi plante en eux,
Par ce regard de foi, ils s’ouvrent à une Vie Nouvelle.

En acceptant d’être confrontés à cette finitude, et de se laisser rejoindre par le tragique de l’existence, ils font l’expérience d’être secrètement guéris et relevés (Mystère de Pâques) par l’amour de Dieu. Le don reçu et reconnu devient source pour eux et pour d’autres qui solliciteraient de connaître leur secret.

Cette Bonne Nouvelle accueillie et offerte, rejaillit mystérieusement sur les personnes qu’ils côtoient. Les baptisés croient que leur présence simple, laïque et dénuée de toute propagande est un mystère cachée comme le Christ de Nazareth… Elle influe tacitement.

Rien ne les empêche à partir de l’intensité de leur vie spirituelle d’édifier entre eux une spiritualité qui s’inspirerait, fonderait, soutiendraient, pousseraient à l’infini par leur offrande et leur communion intérieures au Ressuscité les valeurs humaines qu’ils vivent dans leurs profession.

Cette spiritualité met en œuvre une pastorale :

– faire attention aux collectifs à portée de mains,
– entrer dans la lecture de la Parole,
– inventer une liturgie qui incorpore la symbolique humaine du soin,
– prier collectivement pour « représenter » soignants et soignés,
– être disponible pour des groupes de relecture de la vie,
– développer des espaces de débats où s’apprennent l’esprit critique et la démocratie d’idées,
– soutenir les formations de toutes sortes.

Pour vivre de cette spiritualité, les chrétiens s’organisent en communautés de base et animés par l’Esprit de l’Evangile et de Jésus, le Christ, ils relisent leur vie pour reconnaître, nommer les traces du Ressuscité et le célébrer. Ces petites cellules ecclésiales se tiennent en communion avec l’Eglise.

La Santé comme un des « lieux source » d’humanité profonde et de spiritualité humaine…

Christian Montfalcon,
Extraits de Correspondance en 2011

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