La parole, agent de la réconciliation intérieure

Dans les Évangiles, le mot grec traduit par pouvoir est exousia. L’usage courant de ce mot renvoie à l’autorité que l’on exerce et à la faculté de se faire obéir ; mais l’autorité évangélique du Christ ne procède pas de l’emprunt d’une énergie extérieure à celui-ci : elle émane de ce qu’il est, c’est-à-dire de sa propre authenticité. En rigueur de terme, l’exousia est la liberté d’agir. Or, pour Jésus, cette liberté d’action, liée au fait que sa parole ne connaît aucune entrave, vient de ce qu’il est en totale adéquation avec ce qu’il dit : il est ce qu’il dit ! Si Jésus exerce le pouvoir royal de pardonner, c’est que sa parole est l’expression même de la miséricorde qu’il incarne: « Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a pouvoir sur la terre de remettre les péchés, lève-toi, prends ton lit et va – t’en chez toi » (Mt 9,6). Jésus peut rendre à ce paralytique une pleine liberté de mouvement parce que lui-même a accès, dans toute l’amplitude de sa conscience, à sa véritable motion intérieure. La miséricorde permet à l’homme de retrouver et de reconnaître la motion qui correspond à sa nature la plus profonde, alors même que le sentiment de la dette le paralyse, avec de redoutables attaches, dans les mémoires du passé.

Toute la difficulté, en la circonstance, est de faire coïncider le visible et l’invisible, le mouvement extérieur avec le mouvement intérieur, c’est-à-dire de rendre manifeste par là le lien entre la paralysie visible et la paralysie invisible, entre la libération intérieure et la libération extérieure. C’est sur ce point que Jésus montre l’exousia de sa parole. L’exercice le plus difficile n’est pas de dire mais de faire en sorte qu’il n’y ait aucune distance entre ce que l’on dit et ce que l’on est. Le vrai commandement appartient à celui dont la parole exprime, sans décalage, la vérité de ce qu’il est : celui dont la parole est la pure émanation de son essence (ousia).

C’est à cette qualité de parole que tout soignant, face à la maladie, face aux détresses morales et physiques, devrait tenter de recourir ou, du moins, chercher à oser tendre. Face à nos pertes de repères et à l’angoisse d’une dissolution ultime, la parole authentique ne se laisse enfermer ni dans des mots, ni dans des discours convenus ou enveloppants, ni dans des exhortations, ni dans de doctes propos. Avant toute chose, la parole émise avec exousia est présence (parousia). La parole ne se contente pas de parler : elle touche ! Elle touche en profondeur, elle touche l’homme jusque dans les recoins les plus reculés, les plus obscurs ou protégés de son être. À l’instar du toucher subtil de la main – tantôt léger, tantôt pénétrant -, la parole est capable de rejoindre l’homme là on celui-ci n’est pas encore en mesure de se rejoindre lui-même : elle tranche, elle dévoile, elle libère, Elle reconstruit et refaçonne ce qui a été meurtri, dégradé, défiguré. La parole authentique, émanation d’une liberté intérieure, a la propriété de rétablir en l’homme des connexions profondes avec le potentiel de la vie; ce qu’elle touche, elle l’illumine. Elle fait venir à la lumière ce qui, auparavant, n’avait ni forme ni couleur. En somme, la parole jouit du pouvoir de restaurer l’homme en sa nature originelle.

La puissance de la parole représente une énergie considérable ; mais malheur à qui en use sans discernement ou s’en empare comme d’un pouvoir au service d’une volonté propre ! La sacralité de la parole rejoint la sacralité de la vie ; la portée et les effets de cette parole sont tels que, selon Jésus, celle-ci exerce un jugement rétroactif sur celui qui la prononce (cf, Mt 12,36-37).

 

Maxime Gimenez
Revue Christus Avril 2014

 

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